05/06/2011

* LES ILES MARQUISES

LES ILES MARQUISES, un coin de paradis

Les îles Marquises ont conquis des artistes tels que Paul Gauguin et Jacques Brel … Aujourd’hui encore, cet archipel qui compte parmi les plus isolés au monde, est un rêve devenu réalité. Un paradis perdu au cœur de la Polynésie française, où flotte un parfum d’aventure et de mystère.

Statut mythique de paradis du bout du monde, peuplé de gens vrais et de beautés mystérieuses, gracieuses et authentiques.

 

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Palmiers flottants

C’est un tableau hors du commun qui attend les touristes à Fakarava, à mi-chemin entre Tahiti, l’île principale de la Polynésie française, et les Marquises. L’atoll circulaire, long de plusieurs dizaines de kilomètres, semble accueillir en son sein une immense mer intérieure, cerclée d’un anneau de terre large de quelques mètres seulement. Il ne surplombe d’ailleurs les vagues que de peu, de sorte que son interminable rangée de palmiers donne l’impression de flotter sur la surface infinie de l’océan …

 

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Fakarava

 

A chaque île sa spécialité

Comme les îles Marquises proprement dites diffèrent de Fakarava ! Ua Pou est tout en falaises à pic, rochers aux formes capricieuses où viennent s’écraser les vagues et pics volcaniques qui disparaissent dans les nuages, pour reprendre la description qu’en a faite, en 1880, Robert Louis Stevenson.

Les six îles habitées de l’archipel (sur une vingtaine au total) ont chacune leur spécialité : Fatu Hiva est réputée pour son tapa (papier d’écorce). Tahuata pour ses bijoux en os, Ua Huku pour ses objets en bois et Ua Pou pour ses « pierres fleuries » et ses sculptures. Les villageois nous accueillent par des danses traditionnelles sur les pae pae, les bases de pierre marquant l’emplacement des huttes qui se dressaient autrefois le long de la plage.

 

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Fatu Hiva

 

L’hôtesse propose ragoût de chèvre, langoustes grillées et poisson cru mariné dans un mélange de jus de citron et lait de coco, taro (tubercule alimentaire) et bananes rouges sucrées.

Nuku Hiva, dans la baie spectaculaire que forme un amphithéâtre volcanique aux falaises abruptes couronnées de cascades.

Une expédition sur le site archéologique de Meae Paeke, avec ses arbres géants, ses lianes, ses moustiques et ses moucherons nono, allait lui inspirer son premier roman, Typee. Des pétroglyphes représentant oiseaux, poissons et tortues sacrées sont taillés à même la pierre sur les sites rituels séculaires, tandis que la forêt de bambous et de vanilliers luxuriants laisse entrevoir des tiki de pierre, divinités monolithiques qui témoignent de la parenté entre la culture polynésienne et la religion mystique de l’île de Pâques.

L’arbre à pain

Le « uru » est le fruit de l’arbre à pain. Frit, il se marie admirablement avec les délices préparées dans l’umu, le four traditionnel où les hommes font cuire à petit feu d’importantes quantités de bananes, ainsi que de la viande de chèvre ou de porc enveloppée dans une feuille de bananier.

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arbre à pain

A Hiva Oa, la plus célèbre des îles Marquises, se dresse le plus grand des tiki, la tombe du dernier chef de tribu de Puamau. Au cimetière du Calvaire reposent, côte à côte, les artistes qui ont fait la renommée de l’îlot : à quelques mètres à peine de celle de Paul Gauguin, le peintre sauvage à la palette si particulière, se dresse la modeste tombe du Grand Jacques. Et résonnent les notes des Marquises, la confession nostalgique d’un artiste tourmenté qui a trouvé, ici la paix qu’il cherchait depuis tant d’années …

 

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Hiva Oa

 

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Bora Bora

 

 

« Et par manque de brise,

Le temps s’immobilise

Aux Marquises ».

 

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Jacques Brel

 

 

31/05/2011

* SUMATRA (Indonésie)

SUMATRA (Indonésie), impitoyablement vert

 

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En patrouille

Sur les traces d’une créature mystérieuse et discrète : le rhinocéros de Sumatra, poilu et bicorne qui, comme son voisin le rhinocéros de Java, a préféré l’inextricable et luxuriante forêt tropicale aux savanes africaines ou indiennes.

Si les premières descriptions des rhinocéros datent du XVIe siècle, il fallut attendre la toute fin du XVIIIe pour que le monde occidental fasse la connaissance du plus petit d’entre eux, le rhinocéros de Sumatra, le plus proche cousin du rhinocéros laineux préhistorique.

Après une première nuit à la belle étoile, telles des taupes, dix kilomètres de marche intensive sous une chaleur écrasante. Aucune trace de rhino, juste le chant des siamangs et une armée de sangsues, pompes à globules.

 

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Au cœur de la jungle

Après quelques kilomètres, voici les premières traces. Ces empreintes mènent à une petite baignoire creusée dans la terre boueuse où les rhino aiment patauger durant les plus chaudes heures de la journée. Tout autour, dans les crottoirs, des scarabées éponymes se roulent des petites billes de matière fécale en guise de garde-manger pour leur future progéniture. Le rhino est plutôt solitaire, à l’exception de la période des parades et des chaleurs de ces dames. En remontant le fleuve, niché dans une petite enclave du parc national, voici le sanctuaire des rhinocéros de Sumatra. Dans la nature, il ne subsiste que 100 à 250 rhinocéros de Sumatra sur l’île du même nom et 125 à 150 individus répartis entre Bornéo et la péninsule malaise. Ce dernier ne se reproduit pas, ou si peu, en captivité et la diversité génétique interindividuelle est si faible que son avenir est compromis sans d’importantes mesures de protection.

 

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le tigre de Sumatra

 

Chaque matin, les rhinos engloutissent littéralement leur repas fait de fruits, de lianes et de branches feuillues sélectionnées avec soin parmi les 100 à 150 espèces de plantes. Ils sont très agiles et peuvent courir très vite, même en forêt tropicale. Leurs cornes ainsi que le cartilage coriace recouvrant tête et museau fonctionnent comme un bélier et ils peuvent ainsi aisément se frayer un chemin à grande vitesse dans la végétation sans se blesser, façonnant tout un réseau de tunnels chlorophylliens dans le sous-bois.

Plongée en chlorophylle profonde

Voici la chaîne montagneuse des Barisan, qui ourle toute la côte ouest de Sumatra de son relief accidenté. Dans ces 356.800 hectares de forêt tropicale ombrophile encore intacte ou presque, vit la plus grande population de rhinocéros sauvages de l’île. La déforestation n’a pas encore atteint le cœur de la zone qui, du fait du relief, est trop difficilement accessible aux camions et autres bulldozers. Des diptérocarpes, aux racines contreforts éléphantesques forment les piliers de cet édifice végétal.

 

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diptérocarpes

 

Ces forêts regorgent de merveilles et de bizarreries. Bien moins médiatiques que la forêt amazonienne, elles n’en sont pas moins étonnantes et fascinantes. Et la vision rare de deux rafflésies renforce cette certitude ! Lovées dans la courbe d’une liane de Tetrastigma qu’elles parasitent sans complexe, les deux énormes corolles couleur rouge sang s’exposent. La Rafflesia arnoldii détient le record de la plus grosse fleur du monde et ne vit qu’ici, à Sumatra, dont les forêts abritent également six autres espèces de cet étrange végétal. Point de feuilles ni de tiges pour cette excentrique, mais juste un amas filandreux fixé sur la liane qui, au terme de deux années environ, va former une pustule brun rouge qui ne s’épanouira qu’au bout d’une vingtaine de mois.

Sur une ceinture de feu

Sur des minuscules sentiers serpentant dans les hautes herbes, on aperçoit des serpentins de fumée. Et là, au milieu des champs et des rizières, émergeant soudain d’un nuage de vapeur, un paysage féerique. Une immense terrasse de silice, ponctuée de bassins d’eau bouillonnante et de mini-geysers. C’est un véritable arc-en-ciel de couleurs, du rouge sang au jaune soufré en passant par le vert oxydé et l’orange cuivré. Ces marmites bouillonnantes et autres eaux brûlantes témoignent de l’intense activité volcanique de Sumatra.

Rencontre avec les grands singes roux

Après cette escale au centre de la chaîne des Barisan, voici le parc national de Gunung Leuser.

 

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Gunung Leuser

 

En forme de papillon ouvrant ses ailes sur les deux provinces du nord de l’île, il abrite au sein de ses 10.000 km2, une biodiversité surprenante.

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la chaîne des Barisan

L’un des hôtes de ces forêts n’est autre que l’orang-outan de Sumatra, érigé, depuis peu, en espèce à part entière par les scientifiques. Il diffère notamment de ses cousins de Bornéo par un pelage façon dreadlock, plus roux, plus dense et long, un visage plus allongé et une allure globalement plus gracile.  Les ressources dans un périmètre donné sont trop faibles pour que se regroupent ces grands singes de 40 à 80 kilos, essentiellement frugivores.

 

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rizière

 

Un joyau en péril

C’est l’avenir de ces dernières forêts tropicales. L’empreinte destructrice de l’homme se fait sentir. Monocultures de palmier à huile, d’hévéa, exploitation illégale de bois, construction de routes scindant les parcs nationaux et petits fragments isolés, trafic de faune … Rien n’est épargné, et c’est un véritable cancer qui ronge les dernières sylves ombrophiles de Sumatra et de l’Indonésie de manière générale.

Près de 75 % de la couverture forestière du pays a déjà été perdue, rasée, brûlée, sacrifiée, assassinée ! Ce fut d’abord l’exploitation du bois et l’industrie de contreplaqué, gérée par une véritable mafia qui s’attaqua aux forêts du pays puis aux parcs nationaux lorsque les essences précieuses vinrent à manquer ailleurs.

On ajoutera l’industrie de la pâte à papier et celle de l’huile de palme.

 

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Sumatra est la plus grande île d’Indonésie et compte parmi les cinq plus grandes du monde, sa capitale est Medan. L’île est riche en matières premières telles que le pétrole, le gaz, l’étain et le charbon et l’on y trouve des plantations de café, thé, caoutchouc et palmiers à huile.

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Medan City

 

25/05/2011

* LE CHARME DES MEDINAS (Tunisie)

Pendant les mois d’hiver, si les plages de Tunisie sont quasi désertes, les médinas, elles, bruissent de vie et d’authenticité.

 

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la Médina à Tunis

 

La température affiche un agréable 15°C, mais les habitants de Tunis, la capitale de la Tunisie sont bien emmitouflés. Sur la large avenue Habib Bourguiba, en plein centre, on n’imagine pas être en Afrique du Nord. Les élégants bâtiments modernes ou coloniaux abritent des hôtels, des bars avec terrasse, des cinémas ou des théâtres. On y trouve aussi une église, la cathédrale Saint-Vincent de Paul. Car il y a aussi des Tunisiens chrétiens, même s’il s’agit d’une minorité.

Au bout de l’artère, l’ancienne porte, vestige des remparts de Tunis, marque l’entrée de la médina. En Afrique du Nord, elle désigne le cœur même de la cité, l’endroit où s’élèvent les plus beaux bâtiments historiques. C’est là aussi que se cache le souk, l’énorme marché traditionnel et son labyrinthe de ruelles.

 

tunisie

 

Les Arabes ont bâti leurs médinas de manière à ce que les ennemis éventuels s’y égarent. La plupart des échoppes se serrent autour de la grande mosquée El Zitouna. Les échoppes multicolores des parfumeurs, des marchands d’étoffes, des orfèvres et des maroquiniers sont un véritable enchantement pour les sens.

 

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mosquée El Zitouna à Tunis

 

Une restauration de grande envergure

Depuis 1979, la médina de Tunis est inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. Des travaux de restauration sont en cours depuis plus de vingt ans. La médina a été longtemps à l’abandon et ses habitants la quittaient en masse.

Cap au sud

Si la médina de Tunis est une des plus belles du monde, celle d’Hammamet est également très belle. Elle s’étend sur une langue de terre où se dresse un fort qui domine la mer. Plus au sud, Sousse, la ville blanche, est une autre destination bien connue des amateurs de soleil et de plages. La médina s’adresse à l’évidence plus aux touristes qu’aux locaux mais on peut y goûter la vie locale dans tout son charme exubérant.

 

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 médina d'Hammamet

Kairouan, première ville sainte du Maghreb fondée au VIIe siècle, est située à l’intérieur du pays, ce qui lui a permis de préserver son atmosphère arabe. La casbah de la ville, cernée d’enceintes abrite désormais un hôtel de luxe. La mosquée, la plus grande de Tunisie, est digne d’un conte des mille et une nuits.

 

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Kairouan

 

Un village d’artistes

Sidi Bou Saïd, le village le plus pittoresque de Tunisie, s’élève sur une colline au-dessus de la mer. Avec ses maisons aux murs immaculés et aux portes bleu vif, il attire les artistes du monde entier. Non loin de là, se dressent les ruines de Carthage. Il ne subsiste qu’un amphithéâtre romain et les anciens thermes, mais avec un peu d’imagination, on se représente sans peine Hannibal et ses troupes prendre d’assaut cette baie éblouissante, bien déterminés à donner une leçon aux Romains …

 

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Sidi Bou Saïd

 

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le bleu tunisien

 

 

 

22/05/2011

* ETHIOPIE, terre brûlée

Perchée à 2000 mètres d’altitude, Mekele est la capitale de la région du Tigray.

Le territoire afar couvre plus de 150.000 km2, du nord de l’Ethiopie au centre de l’Erythrée, jusqu’à Djibouti à l’est.

 

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Mekele

 

Au cœur du désert de Danakil, le volcan Erta Ale fait bouillonner ses flots de lave et les montagnes de soufre du Dallol offrent les paysages les plus diaboliques de la planète. Cette région d’Afrique orientale est façonnée par la géothermie.

C’est d’abord une fantastique lueur rouge qui embrase la nuit sans lune à plusieurs kilomètres à la ronde. Ce sont ensuite des relents de soufre, poussés par les tourbillons de vent chaud, qui irritent les yeux et la gorge. On avance prudemment, à la frontale, sur d’anciennes coulées de lave qui cèdent parfois sous nos pas. Les crêtes dentelées de la caldeira du volcan se découpent sur des parois rouge sang. Une centaine de mètres plus bas, c’est le ressac de l’Enfer qui vient battre les falaises en Technicolor… Le souffle coupé, on contemple le spectacle dantesque du lac de lave en fusion de l’Erta Ale. Des bulles géantes de magma à 1200°C explosent, projetant des fontaines de lave à plusieurs mètres de hauteur.

 

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le volcan Erta

 

Aiguille, cônes et émanations toxiques

Le volcan bouclier de l’Erta Ale, ou « la montagne qui fume » en langue afar, culmine à 613 mètres d’altitude et s’étire sur plus de 50 km au cœur de la dépression Danakil. C’est l’un des volcans les plus difficiles d’accès sur la planète. Cette région, oubliée du monde, située à 130 mètres au-dessous du niveau de la mer, fascine les géologues et les vulcanologues. L’Erta Ale est l’un des seuls lacs de lave permanents au monde, avec celui du Nyiragongo en République démocratique du Congo, le mont Erebus en Antarctique, le Villarica au Chili et le Kilauea à Hawaii.

Né d’un point chaud, zone fixe de remontée de magma profond, l’Erta Ale se trouve à la jonction de trois rifts, là où les deux rides océaniques qui forment la mer Rouge et le golfe d’Aden rencontrent le rift continental est-africain. Pris en étau entre ces gigantesques mâchoires, le territoire afar craque de toutes parts. C’est l’un des rares endroits au monde où l’on peut étudier la formation d’un plancher océanique qui s’épanche d’un à deux centimètres par an. D’ici quelques millions d’années, les géologues prévoient que les eaux de la mer Rouge envahiront le désert de Danakil.

 

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la région du Tigray

 

Seconde étape du voyage, à la poursuite des origines du monde …

Emergeant au cœur des étendues éblouissantes du lac de sel cristallisé de Kraoum, à la frontière de l’Erythrée, le Dallol ou « montagne du diable » offre les paysages les plus diaboliques de la planète, en perpétuelle mutation sous l’effet des forces telluriques. Dans cet ancien cratère, l’eau issue des hauts plateaux éthiopiens, le sel, le soufre, le gypse, les oxydes de fer se mêlent pour cristalliser, en un patchwork de couleurs violentes et d’odeurs irritantes. Des milliers de cônes dressent leurs silhouettes surréalistes. Des vasques aux margelles jaune vif ou rouges enchâssent des eaux de saumure vert émeraude, descendant en gradins. Des jets de vapeur s’échappent de minuscules cheminées. De petits geysers jaillissent dans le silence du désert. Dans ce labyrinthe hallucinant, on découvre les cadavres momifiés d’oiseaux ou même d’un fennec, asphyxié par les émanations.

Retour sur le lac salé de Karoum ou Asalé. Depuis des centaines d’années, les hommes s’aventurent dans ces immensités hostiles pour exploiter le sel laissé par les anciens océans, seul trésor du peuple afar. Seuls êtres humains capables de vivre dans un désert si hostile, les Afars restent prudemment à l’écart du Dallol et des volcans. On raconte qu’ils ne s’approchent pas du sommet de l’Erta Ale car des esprits juchés sur des chevaux volants le protègent !

En août 2007, une éruption sur le flanc nord de l’Erta Ale aurait fait plusieurs victimes, tué des centaines de chameaux et forcé des centaines d’Afars à quitter leurs villages situés au pied du volcan.

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le lac Karoum

 

18/05/2011

* LE DESERT DES GEANTS (Mexique)

La Basse-Californie est constituée d’une péninsule longue de plus de 1300 km de long, cramponnée aux Etats-Unis. Située en bordure de deux plaques tectoniques et à cheval sur la faille de San Andreas, c’est une péninsule à la dérive. La plaque Pacifique, sur laquelle elle est installée, s’éloigne lentement de sa voisine américaine. De ces mouvements sont nés une longue chaîne montagneuse, faisant office d’épine dorsale ourlant la côte est, ainsi que divers volcans comme celui des Trois Vierges.

Non, le monde entier n’est pas un cactus, mais le désert de Vizcaino, l’un des moins arrosés de la planète, si. Un désert étonnant, plein de vie.

 

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Basse-Californie

Un climat rude des habitants doux

La découverte du désert de Vizcaino, en plein cœur de la péninsule en dérive de Basse-Californie, a été une divine surprise, c’est un monde perdu fait d’épines et de géants.

Forêt de cardons, de cactus immenses, une pente sableuse s’enfonçait dans ce paysage et soudain, au détour d’une colline, une petite maison est apparue, un ranch et y habitant, des « cow-boys » de la Basse-Californie, les vaqueros.

Tout, ici, est pétri de paradoxes : à la rudesse du climat s’opposent une sérénité et une douceur humaines sans pareilles et le désert, réputé austère, rime curieusement avec diversité et exubérance, bien loin des paysages dénudés que l’on imagine. Et pourtant, il y a très peu de pluie, moins de 150 millimètres annuels, concentrés sur quelques mois orageux, et les températures tutoient régulièrement le chiffre 50.

 

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Vizcaino

 

Si le désert de Vizcaino appartient au grand ensemble du Sonora, réparti entre deux pays, le sud des Etats-Unis et l’ouest mexicain, il se distingue néanmoins des autres régions par une puissante influence océanique qui vient compenser les températures torrides. Des brumes et brouillards abreuvent une flore foisonnante, dont les plus emblématiques représentants portent le nom de cactus. Cierges, raquettes, boules, rampants ou en touffes, l’isolement de la péninsule de Baja California, une île en devenir, a joué en faveur de l’évolution d’une grande diversité spécifique, couplée à un fort taux d’endémisme : 30 % des plantes ne vivent qu’ici, dont un grand nombre de cactus.

La promesse de l’aube

Dans un paysage baigné de brume, quelques gouttes de rosée se cramponnent aux épines translucides des cactus barbus. Au printemps, lorsque le mercure affiche encore des ambitions modestes, la confection de fromage est quotidienne. Ici vivent une centaine de vaches et quatre taureaux, en totale liberté au sein des 4000 hectares du ranch. L’électricité n’a pas encore traversé les vastes étendues de désert, ni le téléphone et seule une radio sert de lien entre les différents ranchs.

 

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la Péninsule de Baja California

 

Odeurs, sons et images

Le décor est planté, la séance peut commencer. C’est l’entrée en scène du soleil, tout de jaune vêtu, un costume qu’il délaissera deux heures plus tard au profit d’une parure blanche et aveuglante. La première sensation est olfactive. Une symphonie de fragrances se distille dans l’air : odeurs boisées, sucrées et aromatiques. Puis c’est au tour de la faune, dans une cacophonie de cris et de chants, d’entrer en scène et dans nos oreilles. Les oiseaux qui profitent de ce moment pour clamer, du haut des cardons sentinelles, les limites de leurs territoires.

Partout çà vrombit, çà bourdonne. Les abeilles et colibris s’activent, mais au passage leur tête se poudre d’or en frôlant les étamines et ils redistribueront quelques grains de pollen en visitant la fleur suivante.

Le vent, désormais devenu brûlant, s’est chargé des odeurs d’herbes sèches et d’huiles aromatiques exsudées par les fruits violacés des gommiers, de petits arbres tortueux aux troncs succulents, boursouflés par des centaines de litres d’eau.

Survivre dans le désert de la soif

Le vaquero peut attraper une vache les yeux fermés ou presque et, encore plus impressionnant, en pleine course, sur son cheval lancé au galop, tout en zigzaguant entre les cactus.

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Le soleil est désormais proche du zénith et, au pied des cactus géants, droits comme des « i », faisant office de « cardons solaires » les ombres se sont réduites à un mince coup de pinceau à la base du tronc boursouflé. Heureusement, le long des lits de cours d’eau saisonniers poussent des palos verdes, des arbres menus encore couverts de fleurs dorées et des buissons de mesquite, sous lesquels la faune peut s’abriter du soleil cuisant. Plus un seul être vivant ne bouge, à l’image de ces bovins avachis dans la moindre parcelle ombragée.

 

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mesquite

 

Soudain, un mouvement. Comme une flèche, un géocoucou traverse le paysage. Redoutable prédateur, l’oiseau cousin du coucou, parasite européen, est en chasse et gare aux lézards, crotales, jeunes crolins et petits mammifères imprudents ! les choses sont plus compliquées du côté des plantes car le soleil est à la fois un allié indispensable, les approvisionnant en énergie nécessaire à leur croissance, mais également leur pire ennemi car responsable de l’évaporation de l’eau, un autre élément essentiel à leur survie.

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géocoucou

Certains, comme les cardons, formés à 90 % d’eau, peuvent, lorsqu’ils atteignent un âge vénérable et une taille dépassant les 10 mètres, contenir plusieurs tonnes du précieux liquide. Leur structure interne, constituée de côtes rigides en bois indépendantes, fait office d’accordéon et se déplie ou se contracte au gré des pluies.

 

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organ pipe

Le désert s’éveille

Alors que le soleil prend plaisir à paresser en équilibre sur le fil tendu de l’horizon, les étoiles, pressées, commencent à ponctuer le ciel de mille petits éclats. Au sommet des cardons, on peut apercevoir les fleurs entrouvrir leurs pétales ivoire, exhibant, telles de belles impudiques, leurs étamines et pistils.

Des chauves-souris ont décidé de visiter les lieux et commencent à piquer du nez dans les corolles sucrées. Elles sont des maillons essentiels dans le cycle de vie du grand cardon. Lors de leur migration printanière, elles font un arrêt dans le désert de Vizcaino pour se gaver de nectar et, au retour, elles se nourriront des fruits. C’est ainsi que les glossophages, amatrices des fruits du cardon et d’autres cactus comme les organ pipes ou cactus colonnaires, en plus de remplir le rôle de messager de Cupidon, participent à la dispersion des graines.

 

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glossophage

 

Ce grand jeu floral est néanmoins éphémère et chaque fleur ne vivra qu’une petite douzaine d’heures pour laisser place, la nuit suivante, à l’une de ses voisines.

Les cactus barbus, cactus cierges et cactus hérissons ne sont pas en reste et sortent aussi le grand jeu pour séduire les pollinisateurs nocturnes.

Tarentules, scorpions, renards, rats des steppes ou rats kangourous pointent le nez hors de leurs terriers et abris; au détour d’un cardon, deux billes étincelantes nous scrutent. Un coyote. Plus loin, dans le canyon rocheux, ce sont des traces de renard véloce, mais un bruit combien caractéristique nous fait sursauter d’effroi. Un serpent à sonnette. C’est certainement l’un des plus redoutables prédateurs du désert. Le rat des steppes a entendu l’avertissement lancé par ces écailles en anneaux. Il a stoppé net son ménage devant sa maison faite de débris de cactus et s’est engouffré dans cet édifice imposant, construit par ses soins, qu’il a doté de plusieurs sorties de secours.

La lune s’est désormais conviée dans un ciel étoilé d’une beauté époustouflante et poudre les silhouettes des boojums et cardons d’une auréole de lumière blafarde. Les contours d’un hibou juché au sommet de l’un de ces géants se dessinent et sont accompagnés par les glapissements et aboiements aigus d’une famille de coyotes.

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hibou strié