09.05.2011
* LE PEROU (deuxième partie)
2e partie
Ampoule géante
Il pleut depuis deux jours. Une de ces pluies fines qui vous transperce et vous glace. Dans cette petite vallée nichée à près de 4.400 mètres d’altitude, entourée de pics enneigés et de glaciers, les nuages amazoniens s’accrochent aux sommets, s’y cramponnent, puis épuisés, se répandent en neige et en pluie.
Le Huandoy et ses 6.356 mètres, endolori sous la neige et la glace, lové dans sa couronne de nuages, s’est soudain illuminé, embrasé, comme si une ampoule géante avait été allumée en son sein. Partout la végétation, coussins de valériane, mousses et broméliacées, est cristallisée, emmaillotée dans une fine pellicule glacée, brillant sous la lumière naissance. Les Andes ont rempli leur rôle d’essoreuse de nuages.

le Huandoy
Tandis que l’astre solaire assoit sa présence au cœur d’un ciel azuré, les avalanches se succèdent. Dans un bruit assourdissant, des pans de ces glaciers archives sont arrachés par la chaleur radiante de l’étoile en fusion et tombent avec fracas.
D’un monde dominé par la chlorophylle, nous voici au cœur du minéral, entourés de bleus et de blancs. La surface du glacier crisse. Chaque cristal foulé nous conte, dans un crépitement, l’histoire de l’arbre qui l’a vu naître et du nuage qui l’a acheminé jusqu’ici. Du cristal glacé jusqu’au lagon et sa grotte bleutée, de crevasse en crevasse, petit à petit, la glace retourne en eau et l’eau, en Amazonie.
Chorégraphie de colibris
Lovées au pied de la cordillère blanche, juste en dessous de la ligne de neige, s’étendent de vastes prairies, ou punas, d’ichu, touffes d’herbes ondulant sous le vent et formant de magnifiques tableaux abstraits et changeants. Dans ces punas encaissées entre les hauts sommets immaculés, le règne des graminées s’accompagne de sa faune herbivore associée : oies, viscaches et cerfs de Virginie. Suit son lot de prédateurs, parmi lesquels le renard andin et le majestueux condor des Andes.

ichu
Engluées dans une épaisse brume matinale, d’immenses et longilignes silhouettes s’inscrivent dans un paysage en noir et blanc. Ces sentinelles en ombres chinoises semblent veiller sur la puna. Ce sont des Puya raimondii, plus précisément les hampes florales de cette broméliacée qui, contrairement à la plupart de ses cousines amazoniennes perchées et épiphytes, s’ancrent dans le sol, parsèment la prairie de touffes de feuilles serrées, habillées de milliers d’épines acérées comme des couteaux. L’immense inflorescence a des allures d’escalier en colimaçon dont chacune des marches est ornée d’une hampe florale. Le tout ressemble à un épi de maïs géant doté d’une multitude de petits épis. Une estimation du nombre de fleurs par Puya donne le chiffre étourdissant de 50.000. Cette fleur géante devient le bistrot le plus couru de la puna. Tous les colibris s’y sont donné rendez-vous, irisant les pétales ivoirins de leurs couleurs changeantes au gré des interférences lumineuses. Une floraison féconde, façon chant du cygne pour la plante qui, ses réserves taries, se dessèche et se racornit.

le puya
A l’ouest, les sommets enneigés de la cordillère et, à l’est, une succession de volcans, alignés comme des perles sur un collier, parallèle à la côte et aux Andes.
L’érosion, sur le versant ouest des Andes, charrie quantité de sédiments venant s’empiler à la manière d’un mille-feuille sur la plaine qui se soulève avec le reste de la chaîne.
Paysage austère, faune exubérante
Après la luxuriance amazonienne, la glace et les lignes brisées des Andes, en bordure de ce Pacifique, tout est minéral, sable et roches. Le désert en courbes et dunes se brise sur l’océan, les lignes se cassent. Quelques plages couleur chocolat flirtent avec les eaux bleutées, frangées d’une écume crémeuse.
Cependant, dans ce désert extrême, l’austérité du paysage se conjugue avec l’exubérance animale. Punta Coles, aux portes du désert d’Atacama. Cette péninsule semble faire écho aux glaciers andins tant sa blancheur est éclatante. Ce décor blanc, c’est au guano qu’elle le doit, des dizaines de milliers de cormorans de Bougainville et de fous en tout genre semblent vouloir, telle une armée napoléonienne, se mettre en marche en même temps.

le désert d'Atacama
Vautrés par centaines sur les petites plages, les énormes lions mâles règnent, non sans violence, sur leur harem de femelles.
Dans le ciel dépouillé et immuablement bleuté, les vautours, rejoints parfois par quelques condors délaissant les cimes, rôdent à l’affût de la moindre dépouille.

10:32 Écrit par josiane50 dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ichu, huandoy, viscaches, puya, atacama |
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