12/12/2015

* ISTANBUL (Turquie) - mon voyage en 1995

Au confluent de l’Europe et de l’Asie, à la découverte d’une Istanbul ottomane et chrétienne, des derviches tourneurs et des écoliers turcs, des quartiers de la Corne d’Or et des caravansérails. Une cité dont l’histoire pétrie de tolérance doit affronter les bouleversements des modes de vie, de la politique et de la religion. Entre yalis et Grand Bazar, Bosphore et rive asiatique.

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Basilique depuis le Vie siècle, puis mosquée au XVe, Sainte-Sophie défie le temps et les éléments dans le ciel d’Istanbul. Dédiée à la sagesse divine, Haghia Sophia, elle a survécu après sa construction à deux tremblements de terre, Sainte-Sophie est un musée depuis 1934. Son esplanade est à la mesure de la gloire de Byzance.

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La république laïque d’Atatürk a occulté pendant des décennies le patrimoine ottoman. Les Instanbuliotes le redécouvrent. Les objets authentiques de l’héritage ont la cote chez les antiquaires. Ou, à défaut, leurs copies. Ainsi l’art de la calligraphie impériale. Chaque sultan se désignait par les ornements de sa signature. Les originaux se faisant rares, des artisans les imitent.

On rencontre encore dans les quartiers de la vieille ville des femmes voilées à l’ancienne. Elles passent dans les décors modernes comme des survivantes de l’époque de la capitale impériale.

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Istanbul est le siège du patriarcat de l’église orthodoxe. Quinze églises de ce rite sont réparties dans la ville. Un garde veille à la porte de Dolmabahçe, palais des derniers sultans. Ce nom veut dire « le jardin comblé » ; il fut construit au milieu du XIXe siècle en remblayant un port du Bosphore.

Dans les rues qui mènent à la Corne d’or, livreurs et porteurs s’affairent à toute heure. Parmi les métiers qui survivent, celui de vendeur d’eau. La grande aiguière servait au temps des Ottomans à distribuer le sira, une boisson à base de fruits.

 

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Istanbul la laïque s’est dotée de cinq cent soixante-cinq mosquées dans son histoire. Parmi elles, une centaine de joyaux historiques. L’une des plus visitées est la mosquée Bleue (pour la couleur de ses faïences) ou mosquée du sultan Ahmet. Filtrée par les copies médiocres qui ont remplacé les vitraux datant du XVIIe siècle, la lumière trop crue jaillit des deux cent soixante fenêtres.

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Les « hans » sont les anciens caravansérails de la vieille ville. Le Grand Bazar est devenu un atelier d’art. On y restaure les tapis et les kilims précieux. Tout autour, dans des galeries couvertes, mille huit cent commerces, dont cinq cents bijoutiers, attirent une foule du monde entier. Les ruelles portent le nom des corporations autrefois regroupées par spécialité.

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Jadis le palais de Topkapi était une cité interdite au commun des mortels

Topkapi, le palais des sultans, à la pointe de la Corne d’Or, s’étend à l’emplacement d’une antique oliveraie plantée là où le Bosphore se jette dans la mer. Au fond, la rive européenne. Ce lieu est une ville dans la ville, avec ses portes, ses quartiers, ses cinq cours. Ce fut la résidence des pachas du milieu du XVe siècle au milieu du XIXe. Mustafa Kemal, en fondant la république en 1924, la transforma en musée. Le harem aux toits moutonnants s’ouvre dans la seconde cour. Construit en 1588, il a été presque détruit par un incendie et rebâti ultérieurement. Aujourd’hui, on peut accéder à l’ancien quartier des eunuques, puis à celui des femmes, véritable dédale de chambres.

 

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La ronde des derviches tourneurs transcende tous les conflits religieux et politiques

Fondé par Mevlana au XIIIe siècle, l’ordre soufi de Mevlevi, connu sous le nom de derviches tourneurs, n’a plus que deux confréries, l’une à Konya, l’autre à Istanbul. Ses membres utilisant la danse pour communier avec leur fondateur et la conscience de Dieu. Le derviche pivote sur la pointe des deux premiers orteils du pied droit pendant une heure, la danse rituelle se mouvant en demi-cercle et en deux temps. Le premier incarne la création (arc descendant procédant de Dieu). Le second traduit, lorsque le danseur tourne dans l’autre sens, l’arc ascendant conduisant à la communion spirituelle. L’islam orthodoxe ne prise guère les mevlevis qui croient à une certaine forme de réincarnation.

 

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Le pont du Bosphore permet de passer du continent européen au continent asiatique

En une superbe enjambée, le pont routier Bogaziçi Köprüsü, très souvent embouteillé, a été le premier à franchir le fleuve pour aller d’Europe en Asie. D’une portée de plus de 1 kilomètre, à 64 mètres au-dessus de l’eau, il a été construit par les Anglais et inauguré en 1973. Il est au sixième rang mondial des ponts suspendus. Près de l’embarcadère des ferries, à Ortaköy, s’élève Mecidiye Camii, mosquée du XIXe siècle. Symbole de tolérance, elle fait bon voisinage avec une synagogue et une église orthodoxe.

 

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Dans les quartiers modestes de la Corne d’Or, se loger reste un luxe pour les nouveaux venus

Les quartiers pauvres de la vieille ville sont convoités par les paysans anatoliens sitôt débarqués à Istanbul. Au croisement des rues, des marchands ambulants de sucreries et de bimbeloterie attirent des enfants qui tournent autour des petits chariots et appellent leur mère dans l’espoir qu’elle finira par ouvrir sa fenêtre pour leur jeter la pièce.

 

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Sur la rive asiatique, de petites baies dissimulent les résidences d’été des vieilles familles stambouliotes

Le village de Kanlica, qui se situe au milieu du Bosphore, incarne toute la douceur de vivre à laquelle aspiraient, l’été venu, les membres de la cour du sultan. Les vieilles maisons en bois ont presque toutes disparu, mais les riches commerçants d’Istanbul les ont remplacées par de coquettes demeures construites au ras des flots et au pied des collines boisées.

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Sur le Bosphore navigue la mémoire d’Istanbul

Reliant deux mers, frontière entre deux continents, le Bosphore a toujours été vital. Sur ses rives, se lit l’histoire des Stambouliotes qui lui vouent un culte émouvant.

La première ville de Turquie doit son destin à sa position stratégique. Aujourd’hui encore, Istanbul tient tête à Ankara qui lui a ravi son titre de capitale de l’Etat.

La position d’Istanbul entre deux mers permit aux Ottomans de devenir une grande puissance maritime. Elle fut également un point de passage pour les européens vers la route de la soie et la route des épices.

 

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