18/05/2011

* LE DESERT DES GEANTS (Mexique)

La Basse-Californie est constituée d’une péninsule longue de plus de 1300 km de long, cramponnée aux Etats-Unis. Située en bordure de deux plaques tectoniques et à cheval sur la faille de San Andreas, c’est une péninsule à la dérive. La plaque Pacifique, sur laquelle elle est installée, s’éloigne lentement de sa voisine américaine. De ces mouvements sont nés une longue chaîne montagneuse, faisant office d’épine dorsale ourlant la côte est, ainsi que divers volcans comme celui des Trois Vierges.

Non, le monde entier n’est pas un cactus, mais le désert de Vizcaino, l’un des moins arrosés de la planète, si. Un désert étonnant, plein de vie.

 

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Basse-Californie

Un climat rude des habitants doux

La découverte du désert de Vizcaino, en plein cœur de la péninsule en dérive de Basse-Californie, a été une divine surprise, c’est un monde perdu fait d’épines et de géants.

Forêt de cardons, de cactus immenses, une pente sableuse s’enfonçait dans ce paysage et soudain, au détour d’une colline, une petite maison est apparue, un ranch et y habitant, des « cow-boys » de la Basse-Californie, les vaqueros.

Tout, ici, est pétri de paradoxes : à la rudesse du climat s’opposent une sérénité et une douceur humaines sans pareilles et le désert, réputé austère, rime curieusement avec diversité et exubérance, bien loin des paysages dénudés que l’on imagine. Et pourtant, il y a très peu de pluie, moins de 150 millimètres annuels, concentrés sur quelques mois orageux, et les températures tutoient régulièrement le chiffre 50.

 

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Vizcaino

 

Si le désert de Vizcaino appartient au grand ensemble du Sonora, réparti entre deux pays, le sud des Etats-Unis et l’ouest mexicain, il se distingue néanmoins des autres régions par une puissante influence océanique qui vient compenser les températures torrides. Des brumes et brouillards abreuvent une flore foisonnante, dont les plus emblématiques représentants portent le nom de cactus. Cierges, raquettes, boules, rampants ou en touffes, l’isolement de la péninsule de Baja California, une île en devenir, a joué en faveur de l’évolution d’une grande diversité spécifique, couplée à un fort taux d’endémisme : 30 % des plantes ne vivent qu’ici, dont un grand nombre de cactus.

La promesse de l’aube

Dans un paysage baigné de brume, quelques gouttes de rosée se cramponnent aux épines translucides des cactus barbus. Au printemps, lorsque le mercure affiche encore des ambitions modestes, la confection de fromage est quotidienne. Ici vivent une centaine de vaches et quatre taureaux, en totale liberté au sein des 4000 hectares du ranch. L’électricité n’a pas encore traversé les vastes étendues de désert, ni le téléphone et seule une radio sert de lien entre les différents ranchs.

 

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la Péninsule de Baja California

 

Odeurs, sons et images

Le décor est planté, la séance peut commencer. C’est l’entrée en scène du soleil, tout de jaune vêtu, un costume qu’il délaissera deux heures plus tard au profit d’une parure blanche et aveuglante. La première sensation est olfactive. Une symphonie de fragrances se distille dans l’air : odeurs boisées, sucrées et aromatiques. Puis c’est au tour de la faune, dans une cacophonie de cris et de chants, d’entrer en scène et dans nos oreilles. Les oiseaux qui profitent de ce moment pour clamer, du haut des cardons sentinelles, les limites de leurs territoires.

Partout çà vrombit, çà bourdonne. Les abeilles et colibris s’activent, mais au passage leur tête se poudre d’or en frôlant les étamines et ils redistribueront quelques grains de pollen en visitant la fleur suivante.

Le vent, désormais devenu brûlant, s’est chargé des odeurs d’herbes sèches et d’huiles aromatiques exsudées par les fruits violacés des gommiers, de petits arbres tortueux aux troncs succulents, boursouflés par des centaines de litres d’eau.

Survivre dans le désert de la soif

Le vaquero peut attraper une vache les yeux fermés ou presque et, encore plus impressionnant, en pleine course, sur son cheval lancé au galop, tout en zigzaguant entre les cactus.

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Le soleil est désormais proche du zénith et, au pied des cactus géants, droits comme des « i », faisant office de « cardons solaires » les ombres se sont réduites à un mince coup de pinceau à la base du tronc boursouflé. Heureusement, le long des lits de cours d’eau saisonniers poussent des palos verdes, des arbres menus encore couverts de fleurs dorées et des buissons de mesquite, sous lesquels la faune peut s’abriter du soleil cuisant. Plus un seul être vivant ne bouge, à l’image de ces bovins avachis dans la moindre parcelle ombragée.

 

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mesquite

 

Soudain, un mouvement. Comme une flèche, un géocoucou traverse le paysage. Redoutable prédateur, l’oiseau cousin du coucou, parasite européen, est en chasse et gare aux lézards, crotales, jeunes crolins et petits mammifères imprudents ! les choses sont plus compliquées du côté des plantes car le soleil est à la fois un allié indispensable, les approvisionnant en énergie nécessaire à leur croissance, mais également leur pire ennemi car responsable de l’évaporation de l’eau, un autre élément essentiel à leur survie.

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géocoucou

Certains, comme les cardons, formés à 90 % d’eau, peuvent, lorsqu’ils atteignent un âge vénérable et une taille dépassant les 10 mètres, contenir plusieurs tonnes du précieux liquide. Leur structure interne, constituée de côtes rigides en bois indépendantes, fait office d’accordéon et se déplie ou se contracte au gré des pluies.

 

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organ pipe

Le désert s’éveille

Alors que le soleil prend plaisir à paresser en équilibre sur le fil tendu de l’horizon, les étoiles, pressées, commencent à ponctuer le ciel de mille petits éclats. Au sommet des cardons, on peut apercevoir les fleurs entrouvrir leurs pétales ivoire, exhibant, telles de belles impudiques, leurs étamines et pistils.

Des chauves-souris ont décidé de visiter les lieux et commencent à piquer du nez dans les corolles sucrées. Elles sont des maillons essentiels dans le cycle de vie du grand cardon. Lors de leur migration printanière, elles font un arrêt dans le désert de Vizcaino pour se gaver de nectar et, au retour, elles se nourriront des fruits. C’est ainsi que les glossophages, amatrices des fruits du cardon et d’autres cactus comme les organ pipes ou cactus colonnaires, en plus de remplir le rôle de messager de Cupidon, participent à la dispersion des graines.

 

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glossophage

 

Ce grand jeu floral est néanmoins éphémère et chaque fleur ne vivra qu’une petite douzaine d’heures pour laisser place, la nuit suivante, à l’une de ses voisines.

Les cactus barbus, cactus cierges et cactus hérissons ne sont pas en reste et sortent aussi le grand jeu pour séduire les pollinisateurs nocturnes.

Tarentules, scorpions, renards, rats des steppes ou rats kangourous pointent le nez hors de leurs terriers et abris; au détour d’un cardon, deux billes étincelantes nous scrutent. Un coyote. Plus loin, dans le canyon rocheux, ce sont des traces de renard véloce, mais un bruit combien caractéristique nous fait sursauter d’effroi. Un serpent à sonnette. C’est certainement l’un des plus redoutables prédateurs du désert. Le rat des steppes a entendu l’avertissement lancé par ces écailles en anneaux. Il a stoppé net son ménage devant sa maison faite de débris de cactus et s’est engouffré dans cet édifice imposant, construit par ses soins, qu’il a doté de plusieurs sorties de secours.

La lune s’est désormais conviée dans un ciel étoilé d’une beauté époustouflante et poudre les silhouettes des boojums et cardons d’une auréole de lumière blafarde. Les contours d’un hibou juché au sommet de l’un de ces géants se dessinent et sont accompagnés par les glapissements et aboiements aigus d’une famille de coyotes.

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hibou strié