31/05/2011

* SUMATRA (Indonésie)

SUMATRA (Indonésie), impitoyablement vert

 

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En patrouille

Sur les traces d’une créature mystérieuse et discrète : le rhinocéros de Sumatra, poilu et bicorne qui, comme son voisin le rhinocéros de Java, a préféré l’inextricable et luxuriante forêt tropicale aux savanes africaines ou indiennes.

Si les premières descriptions des rhinocéros datent du XVIe siècle, il fallut attendre la toute fin du XVIIIe pour que le monde occidental fasse la connaissance du plus petit d’entre eux, le rhinocéros de Sumatra, le plus proche cousin du rhinocéros laineux préhistorique.

Après une première nuit à la belle étoile, telles des taupes, dix kilomètres de marche intensive sous une chaleur écrasante. Aucune trace de rhino, juste le chant des siamangs et une armée de sangsues, pompes à globules.

 

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Au cœur de la jungle

Après quelques kilomètres, voici les premières traces. Ces empreintes mènent à une petite baignoire creusée dans la terre boueuse où les rhino aiment patauger durant les plus chaudes heures de la journée. Tout autour, dans les crottoirs, des scarabées éponymes se roulent des petites billes de matière fécale en guise de garde-manger pour leur future progéniture. Le rhino est plutôt solitaire, à l’exception de la période des parades et des chaleurs de ces dames. En remontant le fleuve, niché dans une petite enclave du parc national, voici le sanctuaire des rhinocéros de Sumatra. Dans la nature, il ne subsiste que 100 à 250 rhinocéros de Sumatra sur l’île du même nom et 125 à 150 individus répartis entre Bornéo et la péninsule malaise. Ce dernier ne se reproduit pas, ou si peu, en captivité et la diversité génétique interindividuelle est si faible que son avenir est compromis sans d’importantes mesures de protection.

 

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le tigre de Sumatra

 

Chaque matin, les rhinos engloutissent littéralement leur repas fait de fruits, de lianes et de branches feuillues sélectionnées avec soin parmi les 100 à 150 espèces de plantes. Ils sont très agiles et peuvent courir très vite, même en forêt tropicale. Leurs cornes ainsi que le cartilage coriace recouvrant tête et museau fonctionnent comme un bélier et ils peuvent ainsi aisément se frayer un chemin à grande vitesse dans la végétation sans se blesser, façonnant tout un réseau de tunnels chlorophylliens dans le sous-bois.

Plongée en chlorophylle profonde

Voici la chaîne montagneuse des Barisan, qui ourle toute la côte ouest de Sumatra de son relief accidenté. Dans ces 356.800 hectares de forêt tropicale ombrophile encore intacte ou presque, vit la plus grande population de rhinocéros sauvages de l’île. La déforestation n’a pas encore atteint le cœur de la zone qui, du fait du relief, est trop difficilement accessible aux camions et autres bulldozers. Des diptérocarpes, aux racines contreforts éléphantesques forment les piliers de cet édifice végétal.

 

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diptérocarpes

 

Ces forêts regorgent de merveilles et de bizarreries. Bien moins médiatiques que la forêt amazonienne, elles n’en sont pas moins étonnantes et fascinantes. Et la vision rare de deux rafflésies renforce cette certitude ! Lovées dans la courbe d’une liane de Tetrastigma qu’elles parasitent sans complexe, les deux énormes corolles couleur rouge sang s’exposent. La Rafflesia arnoldii détient le record de la plus grosse fleur du monde et ne vit qu’ici, à Sumatra, dont les forêts abritent également six autres espèces de cet étrange végétal. Point de feuilles ni de tiges pour cette excentrique, mais juste un amas filandreux fixé sur la liane qui, au terme de deux années environ, va former une pustule brun rouge qui ne s’épanouira qu’au bout d’une vingtaine de mois.

Sur une ceinture de feu

Sur des minuscules sentiers serpentant dans les hautes herbes, on aperçoit des serpentins de fumée. Et là, au milieu des champs et des rizières, émergeant soudain d’un nuage de vapeur, un paysage féerique. Une immense terrasse de silice, ponctuée de bassins d’eau bouillonnante et de mini-geysers. C’est un véritable arc-en-ciel de couleurs, du rouge sang au jaune soufré en passant par le vert oxydé et l’orange cuivré. Ces marmites bouillonnantes et autres eaux brûlantes témoignent de l’intense activité volcanique de Sumatra.

Rencontre avec les grands singes roux

Après cette escale au centre de la chaîne des Barisan, voici le parc national de Gunung Leuser.

 

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Gunung Leuser

 

En forme de papillon ouvrant ses ailes sur les deux provinces du nord de l’île, il abrite au sein de ses 10.000 km2, une biodiversité surprenante.

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la chaîne des Barisan

L’un des hôtes de ces forêts n’est autre que l’orang-outan de Sumatra, érigé, depuis peu, en espèce à part entière par les scientifiques. Il diffère notamment de ses cousins de Bornéo par un pelage façon dreadlock, plus roux, plus dense et long, un visage plus allongé et une allure globalement plus gracile.  Les ressources dans un périmètre donné sont trop faibles pour que se regroupent ces grands singes de 40 à 80 kilos, essentiellement frugivores.

 

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rizière

 

Un joyau en péril

C’est l’avenir de ces dernières forêts tropicales. L’empreinte destructrice de l’homme se fait sentir. Monocultures de palmier à huile, d’hévéa, exploitation illégale de bois, construction de routes scindant les parcs nationaux et petits fragments isolés, trafic de faune … Rien n’est épargné, et c’est un véritable cancer qui ronge les dernières sylves ombrophiles de Sumatra et de l’Indonésie de manière générale.

Près de 75 % de la couverture forestière du pays a déjà été perdue, rasée, brûlée, sacrifiée, assassinée ! Ce fut d’abord l’exploitation du bois et l’industrie de contreplaqué, gérée par une véritable mafia qui s’attaqua aux forêts du pays puis aux parcs nationaux lorsque les essences précieuses vinrent à manquer ailleurs.

On ajoutera l’industrie de la pâte à papier et celle de l’huile de palme.

 

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Sumatra est la plus grande île d’Indonésie et compte parmi les cinq plus grandes du monde, sa capitale est Medan. L’île est riche en matières premières telles que le pétrole, le gaz, l’étain et le charbon et l’on y trouve des plantations de café, thé, caoutchouc et palmiers à huile.

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Medan City