16/10/2013

* UN BATEAU IVRE SUR L'OMO (Ethiopie)

Aux sources de l’humanité

Au départ, une banale randonnée d’aventure. Un peu malgré eux, deux reporters qui ont décidé de descendre en canot la rivière Omo, au sud de l’Ethiopie, se trouvent en train de franchir des rapides, de contourner des écueils, de sombrer dans des chutes, de risquer à tout moment de faire naufrage dans les eaux infestées de crocodiles et d’hippopotames. Pour arriver à l’une des régions les moins fréquentées d’Afrique : les abords du lac Turkana, le pays de la mouche tsé-tsé et des négresses à plateau, celui aussi de l’australopithèque, l’hominidé, cette ébauche de l’homme d’il y a près de 3 millions d’années.

 

un bateau ivre sur l'omo

 

Le seul vrai village des rives de l’Omo

Les cinq cents Karo qui vivent à Duss, non loin du lac Turkana, sont les seuls sédentaires des bords du fleuve. Ils fabriquent en grande quantité des poteries, qu’ils échangent contre les produits agricoles apportés par leurs voisins nomades. Curieusement la forme des huttes de leur village, qui se trouve en face du site où furent découverts les restes des plus vieux ancêtres de l’homme, rappelle les tentes des voyageurs européens.

 

un bateau ivre sur l'omo

 

Neuf cents km de fleuve en crue dévalés en trois semaines

Partant à 3000 mètres d’altitude, dans les montagnes éthiopiennes, avec ses chutes et ses rapides, l’Omo reste fort dangereux, même pour un canot spécialement aménagé. Difficile également d’accoster, ses rives étant peuplées de crocodiles et d’hippopotames. Autre animal hostile, un varan long d’un mètre et demi dont le coup de queue, dit-on peut briser une cheville. Souvent, à l’étape, les navigateurs sont obligés, malgré leurs équipements imperméables, de faire sécher leurs affaires.

 

un bateau ivre sur l'omo

 

La culture du mil se pratique au rythme des crues

Quand, après avoir déposé un riche limon, le fleuve baisse en octobre, les agriculteurs en profitent pour planter leurs céréales. La récolte se fait au plus fort de la saison sèche, en janvier. Seuls animaux domestiques des bords de l’Omo, les chiens et les poules. Par crainte de la mouche tsé-tsé, l’élevage des zébus et des chèvres se fait dans la savane, de l’autre côté de la forêt-galerie. Ainsi, toute l’année, les Mursi, dont les femmes sont les dernières à porter à la lèvre inférieure un plateau d’argile, font la navette entre champs et troupeaux.

 

un bateau ivre sur l'omo

 

Leur plateau peut mesurer jusqu’à 25 cm de diamètre

A l’âge de quinze ans, quand les jeunes filles Mursi peuvent se marier, on leur incise la lèvre inférieure. On y introduit une rondelle en bois puis un disque en argile, de plus en plus grand au fur et à mesure que la lèvre se distend. Elles n’enlèvent leur plateau que pour manger et dormir. Une autre ouverture est pratiquée dans les oreilles. Hommes et femmes s’arrachent également les deux incisives inférieures.

 

un bateau ivre sur l'omo

 

Toutes les tribus de l’Omo sont polygames

Contrairement aux Mursi qui vivent de l’autre côté du fleuve, les femmes Bumé aiment à se parer de bijoux : long collier de bois, labret qui transperce la lèvre inférieure et coiffure étudiée. Les riverains ne se baignent que rarement dans le fleuve.

 

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